Pourquoi ne pas utiliser le romantisme comme levier dans la mise en pratique de meilleures habitudes de consommation ?

Né à la fin du XVIIIᵉ siècle, le romantisme est un mouvement littéraire, artistique et philosophique dont le philosophe allemand Novalis figure parmi les principaux initiateurs. En 1797, il crée une série de mots dérivés de leur racine, romantisch [romantique], et donne naissance au mot romantisieren [romantiser] afin de désigner un processus de poétisation du monde. En d’autres mots, il signifie donner un caractère romantique et idéalisé à quelque chose.

« Le monde doit être romantisé. C’est ainsi que l’on retrouvera le sens originel. […] Lorsque je donne à l’ordinaire un sens élevé, au commun un aspect mystérieux, au connu la dignité de l’inconnu, au fini l’apparence de l’infini, alors je les romantise – » Novalis.

Récemment, le concept philosophique s’est transformé en phénomène numérique, et des milliers de gens adhèrent à cette tendance sur les réseaux sociaux. Les bienfaits qui peuvent émaner de cette pratique sont multiples : une meilleure humeur, une appréciation du moment présent, un état de gratitude, une stimulation de la créativité et une meilleure confiance en soi. Bref, rendre sa vie plus romantique serait un bon allié contre le stress et les pensées négatives, car ce mouvement encourage à adopter une perspective positive par la valorisation des petits moments quotidiens.

D’un autre côté, le partage sur les réseaux du romantisme que l’on instaure dans notre quotidien a pour danger de devenir une source de comparaison et de surconsommation. Bien qu’il puisse être inspirant de voir comment les autres développent un sens esthétique à leur vie, il peut être facile de tomber dans le piège de vouloir répliquer exactement les mêmes gestes en quête d’un idéal recherché. Dans le processus, on en vient à dépenser davantage dans des objets et des services que l’on nous vend à travers cette tendance.

En bref, romantiser sa vie est une bonne façon de réaliser chaque petit geste du quotidien avec intention et motivation ; voir l’extraordinaire dans l’ordinaire. C’est pourquoi il est intéressant de transférer ce mode de pensée à des habitudes de consommation responsables, car il semble être un bon levier pour rester consistant et positif dans notre démarche de transition. Parfois, il peut être facile de fixer notre attention sur les défis qu’engendrent les changements d’habitudes. Nous vous proposons donc de voir ces gestes responsables sous un autre angle, un angle plus romantique.

Romantiser le zéro déchet

L’incorporation d’un mode de vie qui tend vers le zéro déchet peut paraître complexe, coûteux ou peu pratique à première vue. Il y a effectivement un changement d’habitude important à faire, mais qui peut également apporter du réconfort et de la satisfaction à la longue. Par exemple, acheter sa boisson préférée au café du coin et la boire dans une jolie tasse réutilisable qui nous appartient rend l’expérience plus intime et personnelle. L’achat d’ingrédients en vrac peut aussi romantiser votre quotidien, malgré les efforts supplémentaires que ce geste exige. En effet, non seulement le vrac évite les déchets inutiles, mais peut également avoir un impact esthétique dans le décor de votre cuisine. Au lieu d’une panoplie d’emballages de plastique disparates se trouve un joli agencement de pots Mason remplis de vos aliments favoris, pour un style plus épuré et minimaliste qui met en valeur l’ingrédient plutôt que son contenant. Par le fait même, les aliments seront visuellement plus attrayants, et donc plus portés à être consommés et non oubliés dans le fond du garde-manger.

Romantiser les repas maison

Cuisiner ses repas, c’est transformer un geste du quotidien en véritable moment de présence et de respect avec soi et avec les autres. On choisit consciemment des aliments nutritifs et goûteux pour les transformer en délicieuses recettes. Cuisiner seul peut être accompagné d’un podcast ou de musique, rendant ce moment plus apaisant, presque méditatif. Lorsqu’on cuisine à deux, le simple fait de préparer et de partager un repas crée un lien de complicité. Puis vient le moment de manger, chargé de gratitude et de fierté : on savoure ce que l’on a créé. Au fond, romantiser les repas maison, c’est poser un geste simple mais puissant pour prendre soin de soi.

Romantiser la réduction des achats

Il y a quelque chose de romantique dans la frugalité, dans le fait de ne posséder qu’une seule et unique version d’un bien, choisie avec soin et entretenue comme la prunelle de ses yeux. Chaque objet, chaque vêtement, chaque meuble trouve alors sa place et est apprécié à sa juste valeur. Rien n’est superflu, rien n’est là par hasard. Réduire ses achats, ce n’est pas se priver : c’est affiner ses goûts. C’est apprendre à reconnaître ce qui nous correspond vraiment et à distinguer le désir passager du besoin réel. Connaître ses besoins apporte une paix d’esprit précieuse, surtout dans un monde où l’on est constamment bombardé de publicités qui cherchent constamment à nous en créer. Cette lucidité nous protège des achats impulsifs et de l’accumulation qui encombre nos espaces. Ce n’est pas pour rien que les décors minimalistes sont à la mode. Le désencombrement apporte une ambiance apaisante qui adoucit le quotidien. Romantiser la réduction des achats, c’est activement choisir la qualité plutôt que la quantité.

Romantiser le seconde main

Acheter des biens de seconde main permet de créer un style unique et intemporel, libéré de la pression des marques et des tendances éphémères de l’année. Chaque objet ou vêtement devient une pièce singulière, choisie pour ce qu’elle raconte. Le rituel de magasiner dans des friperies est également une expérience qui peut apporter un sentiment de fierté et de gratitude, lorsque l’on trouve un petit trésor parmi les allées. C’est aussi choisir de chérir nos biens transmis de génération en génération, porteurs de souvenirs, de gestes et d’histoires familiales. En portant l’ancienne veste d’un grand-parent ou d’un ami, on crée un lien symbolique avec une personne qui nous est chère. Percevoir le seconde main sous cet angle nous apprend à attribuer de l’importance à l’aspect historique des objets, leur vécu, et donc, à les chérir davantage.

Romantiser la réparation

Bien souvent, face à un bien usé, on néglige de le réparer par manque d’expertise et/ou de temps. D’autant plus qu’il est tellement simple et tentant d’acheter un remplacement d’un modèle plus récent. Romantiser la réparation, c’est redonner de la valeur à nos objets en changeant notre regard sur eux. Au lieu de les considérer comme jetables et dispensables, ils deviennent plutôt des compagnons de vie, porteurs d’histoires, d’usure et de souvenirs. Prendre soin d’un vêtement troué, d’un appareil défectueux ou d’un meuble abîmé, c’est affirmer que tout ne se remplace pas. De plus, l’acte encourage l’apprentissage et le perfectionnement de différents savoir-faire perdus à travers les générations : coudre, recoller, bricoler, démonter, etc. Ces habiletés sont pourtant une forme d’indépendance et d’autonomie qui apportent fierté et satisfaction. Ces gestes simples renforcent la confiance et éloignent de la dépendance à la consommation rapide. La réparation cesse d’être une contrainte pour devenir un acte valorisant, à la fois économique, écologique et romantique.

Romantiser le surcyclage

Le processus du surcyclage demande à ce que l’on use de notre imagination pour attribuer une autre destinée à un objet qui faillit remplir son rôle initial. Une vieille échelle peut devenir une étagère bibliothèque, des bocaux se transforment en luminaires, un tissu usé trouve une seconde vie en coussin coloré : donner une autre utilité à un objet avec esthétisme stimule la créativité et ajoute une touche unique et charmante à votre quotidien. En transformant un potentiel déchet en un bien utilisable et beau, nous éprouvons une véritable fierté. Cette réussite nourrit la confiance en soi, renforce notre capacité à imaginer autrement et nous rappelle que la valeur ne disparaît pas : elle se réinvente. De plus, la démarche créative ne nécessite pas toujours un savoir-faire complexe. Plusieurs idées de projets de surcyclage sont accessibles en ligne pour inviter l’inspiration.

Romantiser le partage

Romantiser le partage, c’est redécouvrir la beauté des liens simples et spontanés qui naissent autour d’un besoin commun. Aller frapper à la porte de son voisin pour lui emprunter une scie mécanique, plutôt que d’en commander une en ligne, ouvre la porte à bien plus qu’un simple service rendu : une conversation, un sourire, peut-être même une nouvelle amitié. Dans tous les cas, les économies sont assurées ! Le partage transforme un objet utilitaire en prétexte à la rencontre et à l’entraide. Prêter une tondeuse, échanger des livres, partager les surplus du potager, organiser une soirée d’échanges de vêtements ou mutualiser des outils dans un immeuble sont autant de gestes qui créent un sentiment d’union et de solidarité au sein d’un groupe. En mettant en commun plutôt qu’en accumulant, nous renforçons la confiance et le sentiment d’appartenance à une communauté.

Romantiser le transport actif / en commun

Le temps de transport est une parenthèse précieuse de notre quotidien. Lire un livre dans le métro ou regarder le paysage défiler à bord d’un train devient un moment pour soi très romantique, digne d’une scène de film. La marche, quant à elle, se transforme en temps de centration et de méditation. Le corps est en mouvement et il respire l’air extérieur. En se déplaçant ainsi, on prend soin de sa santé physique et mentale. Bien sûr, le transport actif ou en commun n’est pas accessible à tout le monde, pour une multitude de raisons. Dans ces cas-là, le covoiturage demeure une belle alternative : un espace de partage, de discussions, d’entraide et de complicité, où le trajet devient moment humain et chaleureux.

Romantiser la déconnexion aux réseaux sociaux

La déconnexion aux réseaux sociaux peut sembler contre-intuitive, puisque la romantisation du quotidien a été popularisée à travers ces plateformes. Il n’y a rien de mal à y chercher de l’inspiration, si le temps passé à consommer du contenu ne dépasse pas le temps accordé à réellement vivre. Se déconnecter, c’est choisir de reprendre contrôle de notre capacité d’attention, et aussi retrouver un espace mental sans pression sociale et comparaison. En se détachant du doom scrolling, on réapprend à se concentrer plus longtemps sur une seule chose : un livre, un film, une discussion, etc. Cette déconnexion permet également de profiter davantage du monde extérieur, de ce qui se passe réellement autour de nous, afin d’être pleinement dans le moment présent.

Cela étant dit, il est important de reconnaître que, malgré toute la bonne volonté du monde, les aléas de la vie, les responsabilités familiales et de nombreux facteurs hors de notre contrôle font en sorte que notre quotidien ne peut pas toujours être esthétique, léger ou exempt de stress. De la même façon qu’il est presque impossible d’être 100 % écologique, il est irréaliste de romantiser chacun de nos gestes. Romantiser ses habitudes de consommation ne veut pas dire nier la réalité ni les difficultés qui y sont associées. Cependant, elle nous encourage à adopter un état d’esprit bienveillant qui nous aide à avancer lorsque la motivation et l’optimisme nous font défaut. Dans une optique de consommation plus responsable, il ne s’agit donc pas de culpabilité, mais d’intention : poser des gestes à la hauteur de nos capacités, avec douceur, amour de soi et respect pour la planète, là où cela est possible pour nous.


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