SQRD : D’où est né ton désir d’être écologique dans la vie de tous les jours?
Je pense que j’ai simplement été élevée ainsi. Mes parents appartiennent à une génération un peu hippie, et n’ont pas grandi avec beaucoup de moyens. Ils ont longtemps conservé les mêmes choses et achetaient très peu. J’ai donc grandi dans une famille où l’on évitait de gaspiller. Parallèlement, j’ai toujours été proche de la nature.
Je me souviens d’ailleurs d’un moment précis de mon enfance. J’avais été exposée à la fameuse image d’un canard couvert de pétrole dans un documentaire de National Geographic. À l’époque, j’ai pensé que la pollution était essentiellement un problème lié au pétrole. Plus grande, j’ai évidemment compris la complexité des enjeux environnementaux. Récemment, je réfléchie davantage à la gestion des déchets au Québec, et je trouve particulièrement frappant de constater tout l’argent qui est investi dans ce système que nous pourrions, en partie, éviter de produire. Je me disais que ces sommes seraient mieux réinvesties dans des programmes sociaux, par exemple. C’est une réflexion qui m’a beaucoup sensibilisée à l’importance de réduire notre production de déchets.
SQRD : Quel parcours t’a mené à œuvrer dans le domaine du design intérieur ?
Mon parcours vers le design intérieur s’est construit à la croisée de plusieurs intérêts. Je me suis d’abord dirigée vers des études en environnement, plus précisément en géographie à l’Université Concordia. Ce programme m’a permis d’explorer les sciences de l’environnement et les principes du développement durable, mais aussi de mieux comprendre les liens entre l’environnement, les politiques et nos milieux de vie.
C’est un cours portant sur les relations publiques qui a véritablement fait émerger une nouvelle direction. Un peu par hasard, j’ai été appelée à travailler sur la question des immeubles et j’ai alors découvert les certifications LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) et les différentes façons de rendre les bâtiments plus écologiques. Cette découverte a été déterminante : le design intérieur m’avait toujours intéressée, mais je n’avais jamais imaginé pouvoir faire le pont entre cet intérêt et ma formation en environnement.
J’ai donc décidé de retourner aux études en design intérieur au Cégep du Vieux Montréal. Après ma formation, je me suis lancée comme designer d’intérieur pigiste. Au fil des années, différents contrats m’ont permis de développer de l’expérience, jusqu’à ce que je décide de travailler à mon compte. J’ai fait les démarches pour obtenir mon accréditation LEED green associate et j’ai co-fondé ma propre compagnie de design en 2019.
SQRD : Quel était ton objectif à travers ce projet d’entreprenariat ?
La compagnie s’appelait Passé Présent Design Durable, et son nom représente réellement l’essence de la marque. Le but était de mettre la nostalgie au centre de nos projets de design. En gardant un peu d’ancien dans le nouveau, on rend hommage au passé tout en gardant l’attention sur les enjeux du présent.
Nous avons été actifs durant six belles années, à travers une panoplie de projets résidentiels et commerciaux à Montréal et les environs. C’était vraiment un projet stimulant, et j’en garde de magnifiques souvenirs. Ce qui me rend le plus fière, c’est qu’on a réussi à travers ce parcours à établir des piliers de design écoresponsable au fur et à mesure que l’on prenait de l’expérience. Un de nos piliers fondamentaux était le réemploi, qui était notre façon d’honorer le passé.
SQRD : Pour toi, quel est la clé du design durable et de la rénovation écoresponsable ?
Pour moi, le design durable repose sur une démarche qui suit la hiérarchie des 3R : réduire, réutiliser et recycler. Selon cet ordre, la réduction est la priorité.
Le travail de réflexion en amont est donc impératif et prend plus de temps. Trop souvent, l’exécution du projet se fait très rapidement. On choisit de tout détruire et de recommencer à zéro. Toutefois, il faut se demander où iront tous ces matériaux, ces meubles et ces objets qui deviennent, pour la plupart, des déchets. À l’inverse, lorsque l’on pense à son projet de manière à limiter la démolition, on réduit inévitablement la quantité de déchets générés.
Ensuite vient le choix des matériaux. De nos jours, beaucoup de meubles et d’accessoires décoratifs sont faits de plastiques ou de matériaux de mauvaise qualité parfois difficiles à réparer ou conçus pour être remplacés rapidement. Par contre, un meuble en pin fabriqué dans les années 1980, qui a traversé les décennies et qui a été conçu avec de vrais matériaux, peut encore avoir beaucoup de vie devant lui. Miser sur des matériaux durables et sur des objets qui vieillissent bien, c’est donc aussi une façon de penser à long terme.
Je vois d’ailleurs un parallèle entre la mode et le design. Il existe aujourd’hui une forme de fast-decor similaire au principe de la fast-fashion. Le meilleur exemple est un sofa de mauvaise qualité sans charpentes qui se vend en ligne. Il n’est pas fait pour durer, contrairement à un divan avec une bonne structure solide. Par contre, c’est certain qu’il n’aura pas coûté cher.
Alors qu’au final, dans une aire où tout coûte de plus en plus cher, la réduction est une meilleure solution pour économiser de l’argent. Bien sûr, un projet de rénovation va toujours coûter des sous, mais le fait de repenser son projet autrement que de tout démolir et repartir à zéro permet de réduire considérablement les dépenses.
Ce n’est pas toujours simple à expliquer, parce que la plupart des gens veulent du neuf. Et je les comprends! Quand on a en tête de rénover, c’est pour atteindre un résultat différent et nouveau. L’important, à mon avis, est de choisir du neuf qui va perdurer dans le temps, autant sur le plan de la résistance que sur celui du style, et qui pourra un jour être réutilisé par quelqu’un d’autre dans une démarche de réemploi.
Ceci étant dit, l’intégration du réemploi dans un projet de design demeure un choix non seulement écologique, mais aussi esthétique, en créant un environnement avec plus de richesse et de personnalité.
SQRD : Comment approches-tu le réemploi dans un projet de design ?
Mon approche favorite est d’identifier les meubles et les aspects de la décoration existante chez quelqu’un que la personne aime particulièrement.
Je prends l’exemple d’une dame qui aimait beaucoup ses meubles anglais qui appartenaient à sa grand-mère, et qui avaient un style à la Marie-Antoinette. Cependant, elle possédait aussi des meubles en teck danois, soit totalement un autre genre. Le défi était donc de fusionner ces deux styles-là, afin de conserver les objets auxquels elle était attachée. Alors, nous avons créé un design autour de ces deux styles. C’est quelque chose que l’on faisait régulièrement avec Passé Présent. On créait un nouveau décor à partir de l’essence des choses que nos clients chérissaient, et on réincorporait ces choses tout en gardant une belle cohérence avec les aspects plus modernes de la décoration. Le projet fini de cette dame s’est révélé très harmonieux. Lorsque l’on est attaché à des éléments clés de notre décor, design, on est alors plus susceptible de l’aimer à travers le temps et de ne pas le rénover encore une fois plus tard. Ainsi, ça en fait un projet de design durable.
SQRD : Quelle sera la suite de ton parcours professionnel à présent ?
Je suis constamment en train d’acquérir encore plus de connaissances en design durable. J’ai des connaissances en LEED, mais j’aimerai acquérir de l’expertise dans des champs connexes que ça soit en cycle de vie ou ESG. Entretemps, j’aimerais épauler les gens qui veulent s’embarquer dans un projet d’éco-conception en tout genre.
Dans le cadre de la Semaine québécoise de réduction des déchets 2026, Cathy animera une conférence conjointe avec Stéphanie Jagou sur le design écoresponsable, le 19 octobre prochain à 17h00 à la Maison du développement durable (Montréal). Soyez des nôtres ! L’inscription est gratuite : https://www.zeffy.com/fr-CA/ticketing/conference-les-cles-dun-projet-de-design-ecoresponsable






